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Baleine sous béton : Autour de la Baleine fête ses 20 ans (et un peu plus)

Autour de la Baleine, littéralement : autour de la fontaine en mosaïque et du square que tout le monde appelle « square de la baleine », au cœur de l’îlot Saint-Eloi.

Parce qu’au départ, c’est un collectif de parents qui se mobilisent ensemble pour l’ouverture d’une classe supplémentaire, au 27 rue de Reuilly. Et qui gagne ! Lorsqu’on a carburé intensément à l’énergie collective dans un espace public, difficile ensuite de se contenter des murs étroits de nos appartements : ainsi est née l’idée de prendre la dalle Rozanoff l’espace d’une journée, d’y partager des moments de création artistique, de la musique, des bonnes choses à manger et de la bonne humeur. Ce fut de 2002 à 2015 la fête de la Baleine, annonciatrice de l’été.

Et puis en 2014 il y a eu le jardin partagé : 750 m² de terre au milieu d’une forêt de tours, la Baleine est devenue verte, Autour de la Baleine s’est enracinée au milieu du béton. Les humains se sont mis à vibrer avec d’autres vivants : orties et sauge, millepertuis et lilas, tulipier et cèdres, érables et bouleau, scarabées, merles et mésanges, vers de terre et libellules, abeilles et bourdons…

Ensemble nous avons fabriqué un commun : nous avons nourri la terre argileuse, creusé une mare, installé un compost, fait vivre notre association, et partagé de merveilleux moments avec voisin.es, ami.es et artistes sur notre terrasse en bois, auto-construite.

Le jardin la Baleine Verte aurait pu se racornir sur son espace clos et cultiver l’entre-soi, c’est une critique régulièrement formulée. La tentation du repli est toujours un risque : la dynamique d’aménagement d’un lieu interassociatif, impulsée dès 2017 par le Claje, a au contraire multiplié les échanges avec d’autres associations et permis de continuer de tisser des liens, ces liens solidaires qui libèrent. Nous avons inventé ensemble une gouvernance singulière pour le café Maya, inauguré en 2019.

Notre bébé commun nous accueille aujourd’hui pour cette rétrospective en images de 20 ans (et même un peu plus) d’activités joyeuses et conviviales.

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La fabrique des archives

Ouvrir la boite noire de ce que les chercheurs et les chercheuses appellent les sources, tel est le propos de cette nouvelle rubrique que je coordonne pour la revue du CERMI Exils et migrations ibériques aux XXe et XXIe siècles.

La critique des sources fait partie de l’arsenal méthodologique des sciences humaines, mais elle se focalise en général sur l’étude des conditions de production des documents et leurs significations dans leur contexte de production. La « fabrique des archives » présente dans chaque numéro de la revue un ou plusieurs articles dont l’auteur ou l’autrice remonte le cours des « sources » pour interroger les modalités de construction des fonds d’archives. Le texte est accompagné de reproductions de documents originaux.

La mise en ordre le passé correspond une série d’opérations où les documents produits à une époque donnée par des individus ou des collectifs sont collectés, classés, conservés et éventuellement communiqués. Le mot « archives » renvoie à la fois aux documents et au lieu où ils sont traités. Le travail archivistique est socialement construit et l’actuel code du Patrimoine définit en France le champ des archives pose d’emblée la diversité des supports et des formats des documents, auxquels s’ajoutent depuis 2018 les données.

La compréhension de l’organisation des fonds d’archives est plus ardue encore pour les chercheurs et chercheuses dont le terrain est transnational, tant le classement archivistique est une affaire de tradition nationale. La comparaison, la traduction et l’ajustement des catégories est un exercice périlleux mais nécessaire. Dans le numéro 11-12, Odette Maler Martinez a plongé dans les archives de l’Office français des réfugiés et des apatrides (OFPRA) pour comprendre le traitement par l’administration française des demandes de protection des guérilleros de Léon-Galice exilés en France entre 1948 et 1953.

Si la chercheuse a un usage historique des archives, elle n’en a pas l’exclusive, ni même la primauté. Elles sont d’abord destinées à faire la preuve, à expliquer et justifier à la fois des actions passées et des décisions actuelles. Les archives de l’OFRA sur lesquelles travaille Odette Maler Martinez ont bien cette vocation de tracer un processus administratif, l’attribution ou non du statut de réfugié.e.

Une lecture des parcours d’exilé·es à travers le seul prisme de ce très riche fonds d’archives publiques ne permettrait pas de rendre compte d’une réalité humaine plus complexe que l’application des normes des politiques publiques. La confrontation avec d’autres sources, et en particulier les voix des acteurs et actrices, grâce à des témoignages ou des archives personnelles, enrichissent l’analyse : c’est le cas du témoignage du guérillero Francisco Martinez Lopez « El Quico » qui complète la première édition de la fabrique des archives.